PAULINE VIARDOT - GARCIA (1821-1910) fut l'une des grandes cantatrices du 19ème siècle qui connut un succès immense et dont le répertoire varié incita quelques uns des grands compositeurs de l'époque à écrire pour elle. Pendant sa longue vie elle rencontra un grand nombre de musiciens et d'artistes parmi les plus renommés, allant de Da Ponte, le librettiste de Mozart, à Tchaïkovski. A la demande toute particulière de Wagner, elle chanta un jour un acte de Tristan et Iseut, avec le compositeur lui-même qui interprétait Tristan. Durant son adolescence elle s'amouracha de Liszt qui lui donnait des leçons de piano, et plus tard, avec l'autorisation de Chopin, elle fit des adaptations vocales de certaines de ses œuvres musicales au piano. Elle réussit à ne pas succomber aux avances passionnées d'un Berlioz torturé par l'amour, et elle tomba elle-même passionnément amoureuse d’Ivan Tourgueniev, le plus célèbre des dramaturges russes. Elle fut une source d'inspiration pour l'héroïne de deux romans de George Sand, et créa plusieurs rôles dans les opéras de Meyerbeer et de Gounod.

Cette femme extraordinaire, qui eut quatre enfants et qui parlait cinq langues, fut aussi une compositrice très talentueuse, et lorsqu'elle mourut à l'âge de quatre-vingt-huit ans elle laissa environ cent-quarante chants, ainsi que des opérettes et un choix important de musique de chambre. Ces œuvres chantées révèlent un sens profond de la musique, une technique de composition sophistiquée, et surtout une émotion extrêmement vive en réponse aux textes des poètes qu'elle interpréta.

Connue à son époque comme cantatrice et collaboratrice de Berlioz, Meyerbeer, Gounod et Massenet, Pauline Viardot Garcia fut également une compositrice prolifique qui publia près de deux-cents chants entre 1841 et 1905. Ces chants suscitèrent l’admiration de Chopin, Liszt, Schumann, Mendelssohn et Saint-Saëns, pour n'en citer que quelques-uns.

Viardot elle-même, dans une de ses lettres à une amie déclarait : « Je crois que je suis plus fière de l'argent que mes petites notes musicales m'ont rapporté que de celui que j'ai gagné comme cantatrice ». La fille de Manuel Garcia, le ténor favori de Rossini, et la sœur de Maria Malibran et de Manuel Garcia fils, Viardot naquit dans une famille où on exigeait des prouesses musicales. Son époux, Louis Viardot, démissionna de son poste d’administrateur du Théâtre Italien de Paris à l'époque où il épousa la jeune diva de vingt ans sa cadette, mais il continua à s'intéresser à la politique et aux affaires culturelles.

Ingres, Delacroix, Hugo, Dickens, Heine, Tourgueniev, Meyerbeer, Brahms, Mendelssohn, Gounod, Berlioz, Rossini, Saint-Saëns, Massenet, Fauré, Tchaïkovski et Rubinstein faisaient partie de leur cercle artistique et intellectuel. George Sand considérait Viardot comme sa protégée, s’inspirant d'elle pour son roman Consuelo. Clara Schumann qui était une grande amie, écrivait: « C’est la femme la plus douée que j’aie jamais connue », commentaire qui fut largement repris. Cela décrivait parfaitement le caractère de Viardot qui, à l’âge de soixante-dix-sept ans, décrivait sa vie active et bien remplie et la comme « calme et tranquille ».

Bien que la nature des relations entre Viardot et Tourgueniev ne puisse jamais être complètement révélée, il est indéniable que leurs liens émotionnels et professionnels se développèrent et évoluèrent depuis leur première rencontre, lorsque Viardot débutait à l’opéra de St Pétersbourg en 1843, jusqu'à la mort du romancier russe dans la maison voisine de celle de Viardot près de Paris, quarante ans plus tard. Tourgueniev prit des dispositions pour que plusieurs collections des chants de Viardot soient publiés à St Pétersbourg, prêta son assistance pour sélectionner les textes, fit le nécessaire pour qu'ils soient traduits en allemand, et s'occupa des livrets de plusieurs opérettes de Viardot.

Il écrit: «Son talent est tellement complet, tellement varié qu'il touche à tant d'aspects de l’art, unissant de cette manière la science à une spontanéité si captivante qu'il provoque en même temps de l'étonnement et de l'émotion, surprend, remet en question et convainc.